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La républiquePage 14
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J'aime mieux les personnes que leurs principes…
Oscar Wilde. Le portrait de Dorian Gray
Il faut reconnaitre que la réputation de Barère a été interlope et qu`elle le reste. Naturellement, les Anglais ne lui pardonnent pas «The Liberty of Sea», les Américains aspirent à se montrer les défenseurs des valeurs humaines et fuient ce «terroriste», les Russes de l`ancienne U.R.S.S. se sont accoutumés à la littérature qui est consacrée à Robespierre, Marat et Danton. Le pamphlet de Thomas Macaulay est comparable à PR noir. R.Palmer et M.Bouloiseau sont plus bienveillants pour l`ancien membre du Comité de Salut Public, mais leurs travaux sont connus de petits cercles de lecteurs... Je ne fais pas une faute si je dis que la réputation de Barère a été créée par des œuvres littéraires «La mort de Danton» de Büchner, «Robespierre» de R.Rolland, «Robespierre et Gorgone» de Pawel Antokolskii. Pour former mon opinion á moi ll m`a fallu franchir un vacuum informationnel et une opinion préconçue de moi-même. Au bout du compte pour comprendre cette époque il ne faut pas voir seulement des événements historiques, mais il faut apprendre la vie quotidienne, il faut s`occuper pas seulement «des dieux et des héros ». Peut-être, il est plus important qu`on apprenne les types, scrute les personnages de deuxième plan qui se trouvent à l`ombre des grands hommes. Ce sont François-André Vincent et Jean-Baptiste Regnault, Sylvain Maréchal, Jean Varlet et Barère.
J`essaye de m`expliquer la raison de ce que les auteurs montrent une indifférence ou une attitude négative par rapport à Barère. Bien que beaucoup de personnes (Larrey, David d’Angers, Louis-Desiré Veron, Pierre La Romigueière, Cambacérès) , qui le connaissaient, aient été enchantés de lui. Hector, Demmerville, Marguerite La Fauconnier, Hippolyte Carnot lui ont été dévoués. Quel contraste! Je pense que nous n`avons pas de raisons de se fier aux historiens plus qu` aux contemporains. Mais les historiens s`occupent de l`homme politique, de ses discours, de ses décrets, des affaires publiques, tel que l`appel du 2 juin 1792. Nous ne pouvons pas déterminer dans quelle mesure chaque décemvire participait à ce travail. Et on identifie la physionomie politique de Barère avec sa personne. Je ne peux pas accuser Barère d`inconstance politique. A cette époque on changeait des drapeaux, des chefs, des idées politiques très vite. On peut admirer la fermeté de Jacques Roux et la fidélité inébranlable des amis de Roland de La Plâtrière. Mais si nous avions exigé un dévouement moral de tous, ce serais un maximalisme injustifié. A toutes les époques, le nombre des personnes, dont l`instinct de conservation prédomine la passionnalité (le terme de L.Goumilev), est très grand. Sous tous les rapports Barère n`était pas plus bon et n`était pas plus mauvais que les autres. Mais il était en vue. «La force des choses». Cette phrase est entrée dans la pratique grâce au livre d`Olivier et au film de Pierre Cardinal. Une personne crée les choses et puis elle les soumet: les choses “font” la personne. Barère lui-même a dit qu`il ne s`était senti capable de la création des choses. «Je n’ai point fait mon époque, époque de révolutions et de tempêtes politiques, grosses de passions, d’intérêts, de besoins, de sentiments exaltés, de corruptions systématiques, de violences publiques et de trahisons ; je n’ai point fait mon époque, je n’ai fait et n’ai dû que lui obéir». Il me semble «un homme qui descend le courant, mais qui montre en même temps son propre style».
Qui aurait été Barère sans la Révolution ou hors d`elle ? Un homme avide de savoir, élargissant la connaissance, un homme à l`esprit ouvert, aux aptitudes diverses, mais informé superficiellement, très aimable, ayant un don de parole orale et écrite, un avocat libéral du parlement de Toulouse, un free-lancer, un philosophe domestique? Il aurait été entouré des nombreux parents et amis, il aurait eu une famille bourgeoise, des enfants, des petit-fils, un décès calme et... Et c`est tout? Le repos. L`oubli. Peut-être, il l`a désiré à la fin de sa vie, fatigué de lutter et d`attendre quelque chose. La docilité est une forme masquée du désespoir. Le séjour “en haut” (un séjour très court : deux ans et 6 mois seulement), la tension maximale de l`esprit, l`intensité extraordinaire de la vie lui ont montré ses réserves. «Je peux faire plus. Je peux faire presque tout.» Après l`époque de la Convention il était comme une planète, perdant son orbite et ne pouvant pas la trouver. Il me semble que ce n`était pas seulement de la vanité, de l`ambition et les biens matériels qui l`ont fait chercher la place dans l`administration de Bonaparte, mais plutot la nécessité de la réalisation de lui-même. «Je suis capable de tant de choses, est-il possible que personne n`ait pas besoin de mes capacités?» Peut-être qu’en cette pensée-là consiste le drame de beaucoup de gens. Mais est-ce qu`il est vrai que les capacités de Barère étaient conformées aux problèmes qu`il voulait résoudre, au niveau social, auquel il prétendait ? Une question sans réponse.
Pour ses compatriotes Barère était et sera le symbole, le département des Hautes-Pyrénées lui est redevable de sa naissance.
Mais chacun a un rôle psychologique hormis un rôle politique et social. Les uns créent et anéantissent des doctrines idéologiques, les autres créent les liens communicatifs et mentaux entre les gens, sans lesquels la diffusion des idées et les actions collectives sont impossibles. Un homme et son entourage peuvent ne pas se rendre compte de ce rôle. Barère était un homme comme ça, c`est pourquoi, peut-être, ses adversaires même se laissaient influencer de lui.
D`ailleurs, ce serait une faute de ne pas dire que Barère avait, sans doute, une capacité exceptionnelle: il pouvait «donner une forme » aux idées des autres. Une pensée elle-même ne peut pas trouver ses partisans, d`abord il faut qu`elle acquière une forme verbale. Tous les « idéologues» du passé et du présent ne savent exprimer leurs pensées. Dans ce cas ils ont besoin des porte-paroles. Autant que je comprenne, Napoléon Bonaparte cherchait vainement un tel homme.
Contrairement à sa vie politique, dans sa vie privée Barère se caractérisait évidemment par la constance des attachements. Comptons! L`amitié avec Cambacérès, La Romiguière et Dominique Larrey a duré 40 ans. Il était ami d` Hippolyte Carnot de 1830 jusqu`à 1841. Il a été en relations amicales avec David d’Angers, Jacques-Louis David, Vadier et Louisia Guibert de Courceil pendant des dizaines d`années. Nous pouvons nous souvenir de son union libre avec Marguerite Le Fauconnier, qui a duré 26 ans, ses tentatives nombreuses de création de famille avec Catherine-Elisabeth. Comment peut-on expliquer ce qu`il gardait et recopiait des carnets de Saint-Just ? Les actions de Barère à l` égard de deux personnes - Joachim Vilate et Dominique Demmerville sont plus étranges et plus désagréables. On peut expliquer et motiver la conduite de Barère les 9 et 10 Thermidor. Mais son acte par rapport à Demerville, n`est pas un acte politique, mais un acte humain, que Barère devait garder sur la conscience jusqu`à la fin de ses jours. Où Barère trouvait la justification pour cette situation dans «la force des choses»? Il y a encore un trait de Barère, pas très considérable, mais amusant. Cet homme donne l’impression d`une personne peu pratique. Il apprécie le confort, mais il veut que ce confort soit créé pour lui par quelqu`un. Cependant, il trouve dans toutes les circonstances celui qui se soucie de lui. Il a réussi à vivre avec confort dans la prison de Sainte. On peut dire que c`est la preuve de son savoir-faire de disposer tout le monde en faveur de lui-même, de gagner la confiance sans efforts visibles. Mais c`est une sorte de don. Former et garder les relations n`est pas facile.
Je n`ai pas l`intention de « rendre une sentence ». La renommée des personnages historiques change et changera toujours avec la conjoncture historique et politique et le paradigme de cognition. En tout cas il est très important de ne pas cesser de chercher en ceux, qui se sont séparés de nous par les centenaires, les gens ordinaires avec leurs contradictions et leurs doutes, leurs faiblesses et leurs individualités.
Olga Osipova, un redacteur du site Vive Liberta et Siècle des Lumières
Merci à mes amis et mes collègues: à M.Boudet pour ses relations, pour l`aide en achat de livres et la publication de cet article, à Ekaterina Ourzova et Marina Ignatieva pour la traduction du texte en français, à Anna Alexeeva, Igor Stechenko et Emil Pachkovski pour les conversations et les discussions, qui m`aidaient à formuler mes idées. | ||
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