 
HEBERT
| Voici l'avis du journaliste Hébert, après la
fuite du roi: " Ah! le foutu butor, quel sot animal que ce
qu'on appelle un roi, un monarque! C'est bien-là, foutre, le
rebut du genre humain; je l'ai enfin vu notre capon pour la
première fois, depuis sa belle équipée... Il me semblait voir
une nichée de hiboux, en regardant toute la bougre de race
tapie dans un coin; qu'on ne s'imagine pas que leur sottise
leur ait rabattu le caquet, ils n'en sont tous que plus
insolents. Ils vous lancent à tout ce qui les entoure des
oeillades qui les tueraient si cela était en leur pouvoir; la
garce d'Autricienne, comme une tigresse qui a manqué sa proie
et qui se voit enchaînée, la rage dans le coeur semble dire,
voilà donc ces victimes que j'allais égorger! Je ne pourrai
donc pas me rassasier de leur sang! Je ne marcherai donc
jamais sur des monceaux de cadavres! Remplie de ces idées
sinistres, ses cheveux se dressent sur sa bougre de tête, sa
foutue gueule se remplit d'écume et des larmes de sang coulent
de ses yeux... Si je m'étais cru, comme je t'aurais foutu des
dragées à cette maudite engeance! Qui le croirait! A moitié
saoul, le gros peccata me reconnaît et pour la première fois
depuis sa capture, il rit à plein gosier. Je savais bien que
tu n'étais qu'une bougre de bête, mais je ne te croyais pas le
plus scélérat, le plus abominable des hommes. Téméraire,
répond l'ivrogne, souviens-toi que tu parles à ton roi; toi,
mon roi! tu ne l'es plus, tu n'es qu'un lâche déserteur; un
roi doit être le père du peuple, et non pas son bourreau. Tu
n'es pas même citoyen et tu seras trop heureux si, pour avoir
voulu faire égorger des milliers d'hommes, tu ne laisses pas
ta tête sur un échafaud. Ah! je me doute bien que tu vas faire
encore une fois le bon apôtre, et que, secondé par des
jean-foutres, tu vas promettre mons et merveilles; on veut
encore te foutre la couronne sur ta tête de cerf; mais non,
foutre, ça ne se fera pas. D'un bout de la France à l'autre,
il n'y a qu'un cri contre toi, contre ta foutue messaline,
contre ta bougre de race. Plus de Capet, voilà le cri de tous
les citoyens. Quelle foi pourrait-on avoir dans tes reliques,
vil parjure qui a faussé et refaussé ton serment. Nous te
foutrons à Charenton, et ta garce à l'hôpital. Quand vous
serez bien claquemurés l'in et l'autre, et surtout, quand vous
n'aurez plus de liste civile, laze me foutre si vous vous
échappez. Je n'avais pas achevé ces mots, que la femme Capet
fondit sur moi comme une harengère, les deux poings sur les
hanches. Nous ne vous donnerons pas le temps, foutue canaille,
me dit-elle, d'exécuter tous les complots, à votre barbe, à
votre nez nous foutons encore le camp, oui, je vous le
jure..." |
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Le roi annonce le retrait des troupes étrangères
de Paris où les vivres manquent toujours pour le peuple
et le retour du ministre Necker. Des clubs politiques
voient le jour : les Feuillants, les Cordeliers, les
Jacobins…Louis 16 semble accepter la révolution,
contrairement à son entourage. L’émigration des nobles
commence. Dans les provinces, l’agitation continue :
c’est la grande peur : on brûle des châteaux, des
documents de l’ancien
temps. ___________________________________
A l’Assemblée Nationale, les députés proposent
d’abolir les privilèges, ce qui se fera en partie, dans
la nuit du 4 août 1789. Comme en Amérique, la
représentation nationale pense à rédiger une Déclaration
des Droits de l’Homme…riche. La suppression de
l’esclavage, le vote pour tous et le droit au travail
seront oubliés. ___________________________________
Le souverain partage donc le pouvoir avec l’Assemblée
mais on débat pour accorder au monarque un droit de
veto. Celui-ci n’a toujours pas accepté l’abolition des
privilèges. Le peuple a faim et se soulève. Le 5
octobre, les femmes de Paris marchent sur Versailles
pour réclamer du pain et l’installation de la famille
royale à Paris. La Fayette et les Gardes Nationales
suivent de loin. Parties à 11 heures du matin, après
avoir forcé l’Hôtel de Ville et la Conciergerie pour
trouver des armes, la troupe arrive vers 7 heures du
soir à Versailles. Le château est envahi le 6 octobre.
Le roi et la reine doivent se monter au balcon et
promettre d’aller à Paris. Dans la journée, la famille
royale vaincue se dirige vers la capitale, entourée du
peuple. La constitution de 1791 entre en
vigueur. ___________________________________
Les finances vont toujours aussi mal et il faut
trouver de l’argent. Talleyrand propose que les biens du
Clergé soient nationalisés. Les assignats voient le
jour. Le 15 janvier 1790, le pays est divisé en 83
départements. Les ordres religieux sont supprimés et des
prêtres se
marient. ___________________________________
Le peuple est las d’avoir faim et de manquer de
travail. Le roi devient un fonctionnaire public et les
évêques sont élus par les notables dans les 83 diocèses.
La nouvelle constitution du Clergé va provoquer les
derniers soubresauts de l’ancien monde qui refuse
d’abandonner la domination, née il y a des centaines
d’années dans la peur. Le 26 novembre 1790, l’Assemblée
décide que les prêtres doivent prêter serment de
fidélité à la nation, au roi et à la constitution. Le
roi, encouragé par le pape, ne s’engage sur
rien. ___________________________________
Le 16 février 1791, les tantes du roi émigrent. Les
chevaliers au poignard essaient de faire évader le roi,
le 28 février 1791. Le pape condamne la révolution. Pour
Pâques, la famille royale prétextant une messe à
Saint-Cloud, veut sortir de Paris. Le peuple refuse. Le
21 juin, la famille royale quitte subrepticement la
ville, de nuit. Le maître de poste Drouet reconnaît le
monarque, près de la frontière. Le roi, reconduit à
Paris, est suspendu de ses fonctions. La presse prend
parti pour ou contre les agissements de la
monarchie. ___________________________________
Le journaliste royaliste Marchant écrit dans LES
SABATS JACOBITES, numéro 40 : « Depuis notre révolution,
j’ai toujours été zélé royaliste. L’évènement du 21 juin
ne m’a point fait changer de façon de penser…Tandis que
des libellistes forcenés vomissent les blasphèmes les
plus abominables contre un prince à qui l’on ne peut
reprocher d’autre défaut qu’un excès de bonté…je
dévoilerai les odieuses manœuvres employées par les
Jacobins pour détruire la monarchie et je parlerai,
puisque j’y suis forcé, de l’horrible attentat commis
sur la personne du roi et de la famille royale par le
patriote Drouhet et ses complices les habitants de
Varennes… Le roi et toute sa famille fuyaient de leur
prison et s’applaudissaient d’échapper à la fureur d’un
peuple rebelle…Le roi devait-il quitter Paris ? Il le
devait, puisqu’il ne jouissait point de sa liberté…Sa
vie même n’était pas en sûreté…L’exécrable Marat fut
porté en triomphe dans la matinée du 21 juin par cette
canaille pour laquelle il écrit…
» ___________________________________
Qualifié d’enragé, Marat choisit une autre version
des évènements dans son numéro 503 de L’Ami du Peuple :
« Le voilà ramené dans nos murs ce brigand couronné,
parjure, traître et conspirateur. Fourbe sans honneur et
sans âme, au milieu du cortège qui l’amenait prisonnier.
Il paraissait insensible à l’infamie d’être traîné dans
un char chargé de criminels complices de ses forfaits.
Tout autre que lui eut péri de douleur et de honte :
mais il ne connaît que les souffrances animales : tout
le temps qu’il était entre les mains des soldats de la
patrie, il ne cessait de leur demander à manger et
surtout à boire. A voir cet être dégradé, non moins
lâche que stupide, qui croirait qu’il a pu causer de si
vives alarmes…Hélas, ce n’est pas lui qui causait nos
transes ; mais les légions innombrables de valets, de
suppôts, de satellites, d’espions, d’assassins, de
brigands, attachés à sa destinée… » | | |
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Départ des femmes de
Paris |
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Marat, journaliste
enragé
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