UN PEU D'HISTOIRE!        

  Dès 1631, Renaudot fait envoyer sa GAZETTE dans les grandes villes de province. Imprimée dans la nuit du vendredi, elle paraît à Paris le samedi matin. Les services de la Poste la prennent en charge le mardi ou le vendredi suivant, soit un délai de parfois deux semaines entre la capitale et la province. Peu de commerçants acceptent d'acquérir un Bureau d'Adresses autorisant le réimpression des gazettes et Nouvelles Ordinaires de Paris. Des courriers privés partant de la capitale plus tôt, et la contrefaçon permettent souvent d'obtenir une copie du journal une semaine avant l'édition originale. Plusieurs imprimeurs de province peuvent ainsi distribuer à moindre coût une Gazette illicite avant l'arrivée de la version officielle.

  Renaudot est obligé de favoriser les réimpressions régionales officielles distribuées par des Bureaux d'Adresses ou non, en proposant une remise de prix  pour l'impression des Nouvelles Ordinaires et de la Gazette dans le même journal, par exemple, dès 1633 à Lyon et Aix. En 1638, débute l'édition de Bordeaux, en 1646, celles de Tours et Rouen...

  Ces mesures visent à inciter les libraires à payer un bail au Bureau d'Adresses de la famille Renaudot, ainsi qu'à économiser le papier, toujours plus cher à cause de la fiscalité royale. La famille Renaudot conservera longtemps son Privilège. Fils et neveux se succèderont à la tête de l'entreprise jusqu'en 1749, date à laquelle le Privilège de la Gazette sera revendu à Pierre Nicolas Aunillon. Le Ministère des Affaires étrangères rachètera l'affaire en 1751.

 

 

Dans l’édition de Reims, du 9 février 1683, les nouvelles de Vienne rapportent ceci : « Il part souvent des Courriers de Bude, pour aller informer de l’état des préparatifs qui se font pour l’ouverture de la Campagne de Hongrie. Six mille Turcs sont entrés, depuis quelques jours, à Camise. Les garnisons de Belgrade et Neuhausel ont été augmentées et on apprend de tous côtés que les Turcs se disposent à nous attaquer avec des forces extraordinaires. Ils ont fait, depuis peu, une course vers Karpen, où ils ont pris quantité d’Esclaves et on a eu avis que Ali Bacha, qui commande les Janissaires de la garnison de Bude, se préparait à faire encore une irruption au-delà du Danube… »
 
Une édition clandestine des Nouvelles du 8 Novembre 1687, sans lieu d’impression, mais qui précise « De la Gazette du 8 Novembre 1687 », indique : « De Paris, le 8 Novembre – La frégate la Maline, arrivée à Brest le 11 du passé, a rapporté que les vaisseaux Français qui vont à Siam, avaient essuyé à la hauteur du Cap de Finistère, un coup de vent qui avait duré 36 heures. Il endommagea tous les mâts, les fit courir jusqu’au travers des îles Açores et sépara la flûte la Loire jusqu’au Cap. La Navigation avait été heureuse jusqu’au 8è degré Sud, où les Maladies commencèrent à se faire sentir. Lorsqu’ils arrivèrent au Cap, on mit à terre les Malades, dont la plupart guérirent avant le rembarquement qui se fit le 25 juin. Il est mort 51 personnes jusqu’au Cap. Les Ambassadeurs de Siam et les Officiers sont en bonne santé… »
 
           L'édition toulousaine nous apprend dans son No 2 du 9 janvier 1745, qu'on débite chez l'imprimeur Claude-Gilles Lecamus, le calendrier de la Cour du Parlement de Toulouse, contenant ce qu'on a trouvé de plus utile aux gens d'Affaires et l'Almanach Journalier avec les lunaisons, les éclipses, les Foires des Villes qui sont à dix ou douze lieues et le nouveau Chemin de Barèges.

Il est à noter que les éditions régionales  de la Gazette ne comportent pratiquement jamais de nouvelles locales. Seules des publicités concernant des ouvrages imprimés dans la ville y figurent parfois.

 

 

                               Nouveaux changements

  Pierre Nicolas Aunillon, Conseiller du Roi, nouveau propriétaire de l'onéreux privilège de la Gazette, s'endette et doit augmenter le prix des différentes redevances de province. Certains fermages ne sont plus payés et l'argent rentre mal.

  Depuis 1745, le libraire Antoine Boudet, publie avec permission les Affiches de Paris. Le Chevalier de Meslé prétend avoir inventé ce journal le premier et obtient, le 9 mai 1749, le privilège exclusif des feuilles périodiques. Aunillon, qui possède le droit sur la Gazette et les Affiches s'oppose à cette attribution frauduleuse. Le chevalier tente donc de s'emparer du monopole de la Gazette et échoue à trois reprises. Antoine Boudet se voit accorder par le juste propriétaire, l'autorisation, l'autorisation d'imprimer pendant 9 ans, les Affiches de Paris.

  Ces luttes et procédures finissent de ruiner le Conseiller et le Chevalier. Pour s'en sortir, Meslé s'associe avec Louis Dominique le Bas de Courmont, trésorier-payeur de la ville de Paris. Nicolas Aunillon est perdu et dépossédé de son Privilège en avril 1751, ainsi qu'Antoine Boudet. Il est racheté à ses créanciers. La police envahit le bureau de la Gazette et chasse sans ménagements les commis.

  Le 3 mai, Boudet est obligé de cesser la publication des Affiches de Paris. Cette OPA, qui unit le monde de la finance et de la presse n'est pas sans rappeler la prise de contrôle par la monarchie des Nouvelles Ordinaires de Divers Endroits de Vendosme et Martin et le monopole obtenu par Renaudot, alors qu'il n'était que médecin, sous réserve d'ouvrir ses colonnes à Richelieu.

  Le 13 mai 1751, paraissent les Affiches et Avis divers, appelées Petites Affiches de Paris. Le 1er août 1751, le Bas de Courmont annonce la fin de toutes les réimpressions régionales de la Gazette. L'édition de Paris sera distribuée par une compagnie dans tout le pays à un prix double des réimpressions locales: 7 livres et 10 sols. La nouvelle Gazette paraît en 1752, sur deux colonnes et 4 pages, pour réduire son coût. Les Affiches de Province voient le jour , le 3 mai 1752: elles contiennent des annonces de province et sont imprimées à Paris.

  En juillet 1756, le Bas de Courmont rachète au Chevalier de Meslé l'exploitation des Affiches qu'il proposera aux Provinces de rééditer, moyennant le paiement d'un bail annuel. Les Affiches de province contenant des informations locales voient ainsi le jour, donnant un nouvel élan à la presse.

 

 

  Dès 1757, on publie les Affiches de Nantes, de Bordeaux en 1758, de Toulouse en 1759, de Marseille en 1760, de Lille en 1761, Rouen en 1762... A noter que l'on trouve à Lyon, depuis 1742 des Affiches Lyonnaises autorisées par  la ville.

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